La dyssocialisation

Lorsque votre chien ne connait pas le langage “chien”, les codes de communications canins, il est atteint d’un trouble de la communication “intra-spécifique”. Il n’arrive pas à communiquer avec ses congénères car il ne les comprend pas. C’est ce qui risque d’arriver à un chien si :
il a été séparé trop tôt de sa mère (avant 2 mois) lorsqu’il était chiot (pas d’apprentissage maternel) ;

  • une fois adulte, il n’a rencontré que peu ou aucun congénères (les apprentissages effectués chiots ont alors été oubliés) ;
  • le chien n’a jamais eu de rencontres positives avec d’autres chiens,
  • le chien a toujours été gardé en laisse pendant les rencontres avec des “copains” et ses interactions ont été limitées ;
  • le chien a un problème de santé (ouïe, vue, odorat).

Dans tous ces cas, soit le chien n’aura pas appris comment communiquer, soit il aura oublié, soit la peur, le manque de confiance vont lui faire développer un comportement de “défense”.

LA SOCIALISATION

Les chiens : ces animaux SOCIAUX ! Ils ont besoin de rencontrer leurs congénères, il en va de leur bien-être et de leur équilibre. Ils ont besoin de rencontrer d’autres chiens lorsqu’ils sont bébés tout d’abord. C’est ainsi qu’ils vont pouvoir apprendre les codes canins auprès d’adultes équilibrés, et savoir se comporter plus tard en adulte respectueux (il s’agira de ne pas envoyer de mauvais “messages” au copain d’en face). Une fois adulte, les chiens auront également besoin d’interagir avec leurs “copains”… comme nous le faisons entre humains.

Socialiser le chiot…
Un chiot aura besoin de rencontrer d’autres chiens pour apprendre comment bien communiquer : les “codes canins” s’acquièrent ainsi. Ce sont l’ensemble des postures du corps, des oreilles, de la tête, du fouet qui compose le langage canin. Si pour une raison ou pour une autre votre chien n’a pas été correctement socialisé lorsqu’il était chiot, il ne saura pas se comporter avec les autres chiens puisque l’apprentissage, l’utilisation et la compréhension de ces codes feront défaut.
… et le chien adulte…
Faire rencontrer ses congénères à votre poilu adulte permettra tout simplement de le faire se sentir “chien”. Le chien est un animal sociable, qui a besoin d’échanger et de communiquer avec ses semblables. Le priver de tout ce pan de sa vie est à mon sens regrettable : c’est un chien qui n’aura pas vécu complètement sa vie de chien. Et rien ne vaut le bonheur de voir son toutou s’éclater avec un copain !

… MAIS PAS N’IMPORTE COMMENT !
Je recommande toujours aux propriétaires de socialiser leur chien dés le plus jeune age, mais pas n’importe comment : une socialisation de qualité. On ne lâche pas un chien (et encore moins un chiot) au milieu d’autres congénères en disant “et hop, débrouille toi”.
Les chiens sont des éponges : jetez les au milieu d’une meute mal codée et ils intégreront très rapidement toutes les éventuelles mauvaises manières des autres chiens (absence de prise d’odeurs, mordillements voire morsure, excitation excessive…).
On commence toujours par socialiser un chiot avec un / des chien(s) adulte(s) bien codé(s). Et on supervise toujours les rencontres : les maîtres doivent être là pour stopper éventuellement une interaction si l’un des deux chiens monte trop en excitation.
Lors de mes sorties socialisantes je limite également le nombre de chiens présents : 10 par séances, ce qui me permet de porter attention à chacun d’entre eux. Et c’est aussi un nombre confortable pour les chiens, notamment ceux qui n’ont pas trop l’habitude des copains.

Non socialisé ? la peur… puis l’agressivité.

Ne comprenant pas les signaux d’apaisement des “copains”, un chien adulte non socialisé aura peur. Il enverra donc de mauvais signaux car il voudra se défendre contre ce qu’il estime être une menace. C’est ce qu’on appelle l’agressivité par peur.
La peur est une des 7 raisons d’agressivité chez le chien. Elle est la plus dangereuse car en général le chien qui a peur envoi moins de signaux précurseurs lorsqu’il “déclenche” (il ne grognera pas au moment d’attaquer par exemple). Pour faire court, on peut dire qu’un chien qui manque d’assurance / de confiance vis à vis d’un copain compense ce manque par de l’agressivité. Si votre chien a peur des autres chiens, pour lui, la meilleure défense sera l’attaque. Il s’exposera ainsi à une réponse du chien d’en face.
De nos jours, les maîtres appréhendent la socialisation de leur chien. Ils préfèrent isoler leur chien, plutôt que de prendre le risque d’une mauvaise rencontre. Mais c’est un raisonnement à court terme, car des problèmes arrivent à un moment ou à un autre.

Affronter sa peur.
Pour traiter ce problème, il n’y a pas de magie : il faut que le chien rencontre des congénères. C’est ainsi qu’il comprendra qu’il n’y a pas de danger, et qu’il n’y a pas de raison de se défendre. Je présente donc souvent Mamba, ma chienne, ainsi que d’autres volontaires lors de mes séances. L’objectif est simple : il n’y a rien de mieux qu’un chien pour apprendre à un autre chien.

En renouvelant les rencontres, en les supervisant, en reprenant le chien lorsqu’il aura un mauvais comportement (tension, posture) et en le félicitant s’il se détend, il se “reconditionnera”. C’est un travail de longue haleine… mais cela permet enfin au chien de se sentir “chien”.

QUAND DEUX CHIENS SE RENCONTRENT

Il y a 3 scénarios possibles quand deux chiens se rencontre. Après avoir pris les odeurs, 3 choix s’offrent à eux. Je vous les détaille ici pour que vous sachiez.

SCÉNARIO 1 – ON SE PLAIT : ON JOUE !
Il ne faut pas se mentir, avec un chien non socialisé et pour lequel il y a un souci d’éducation, c’est assez rare ! Lorsque deux chiens ont une vraie partie de jeu, respectueuse et sans mauvais geste, c’est parce qu’il y a : soit des chiens qui se connaissent très bien, soit des adultes qui ne se connaissent pas mais qui sont très bien codés, soit un jeune chien en phase de socialisation justement.

SCÉNARIO 2 – ON SE TOLÈRE.
C’est ce qui arrive avec des chiens qui ne s’apprécient pas mais qui sont bien éduqués. C’est aussi ce qui se passera lorsqu’un chien réactif / agressif finira par faire confiance à son référent pour gérer la situation : il ne déclenchera plus.
Lorsque l’agressivité laisse la place à la tolérance, je laisse les chiens interagir sous ma surveillance, sans laisse. La plupart du temps ils s’ignorent et vaquent chacun de leur coté. Ils se tolèrent. Et c’est très bien ainsi. Il n’y aura pas de partie de jeu, et il faut respecter cela.
Ne soyez jamais déçu si votre chien ne joue pas avec un autre chien. Les chiens sont comme nous, ils ont des affinités. Ils joueront avec certains copains et pas avec d’autres. A nous de respecter cela.
En phase “On se tolère”, les maîtres devront pleinement (re)prendre leur place de référent. Ils devront cesser de transmettre leur peur au chien, sous peine de régresser. Et ils devront continuer les rencontres congénères sans les éviter.

SCÉNARIO 3 – ON S’EXPLIQUE.
Dans ce cas, le chien est dans l’agressivité et il déclenche (attaque). Ces chiens peuvent déclencher sans avertissement préalable, ou bien après avoir grogné. Il n’y a pas de règle. Ils déclenchent MALGRÉ les signaux d’apaisement que le chien d’en face va envoyer (appel de jeu, position d’attente).
Ils ne comprennent pas ces postures. Ils n’ont pas les bons codes ET surtout ils ne font pas confiance aux humains pour gérer la situation.

Pour ces chiens, le travail sera plus long. Et encore plus si le chien est menaçant…
Un chien non menaçant (queue entre les pattes arrières, oreilles en arrières, arrière train plutôt bas, poils hérissés) sera plus facile à reprendre. 
Avec un chien menaçant (queue relevée, raide, avec oscillation de gauche à droite, oreilles vers l’avant, corps tendu/fixe, poils hérissés) je vais être plus vigilant, car le chien a acquis une certaine forme de confiance, malheureusement pas du tout appropriée. Dans ces cas, la muselière sera préférable pendant les premières séances.

ET VOUS ? A FAIRE & A NE PAS FAIRE !

Pour une rencontre entre deux chiens qui ne se connaissent pas, je vous conseille de procéder sur un terrain “neutre” : si vous voulez présenter votre chien à un autre chien de la famille par exemple. Préférez des présentations “en plein air” (au lieu de votre domicile) et en mouvement (en promenade) : il n’y aura aucune rivalité territoriale et cette rencontre sera assimilée à un moment positif. Une fois la ballade effectuée, vous pourrez ensuite rentrer dans la maison avec les deux chiens. Les présentations seront faites.
Notez que je parle bien de promenade uniquement, et non de jeu : jouer avec deux chiens qui ne se connaissent pas (lancer de balle par exemple) risque d’instaurer une compétition. Celui qui aura le trophée (la balle). Je ne recommande absolument pas pour une première rencontre, d’autant plus si les deux chiens sont possessifs avec les jouets !

Si vous rencontrez un chien que vous ne connaissez pas en ballade, la situation est un peu différente. Mais je vais être synthétique en listant simplement tout ce qu’il ne faut pas faire :

Erreur n°1 : porter votre chien dans les bras
Ne faites pas d’anthropomorphisme : un chien n’est pas un enfant, il n’a rien à faire dans vos bras ! En portant votre chien, vous lui indiquez 3 choses :

  • Il est supérieur aux autres chiens (et en particulier à celui qui est par terre),
  • Il y a un grand danger (puisqu’il est porté)
  • Vous le maître, avez peur du chien qui arrive (votre chien ne va donc pas vous faire confiance pour gérer la situation).

Le cocktail est sans appel ! Votre chien finira pas grogner / aboyer dans vos bras sur le copain. En résumé vous avez généré une situation complètement déséquilibrée et votre chien envoi un très mauvais message au chien resté au sol sur ses 4 pattes.

Erreur n° 2 : éviter la rencontre
C’est l’évitement des problèmes qui fait empirer la situation. La solution ne viendra que de la confrontation à ce problème, et au fait que vous l’affrontiez.

Erreur n° 3 : laisser votre chien aboyer / grogner / avoir de mauvaises manières
Si vous ne reprenez pas votre chien lorsqu’il grogne, aboie, ou lorsqu’il “bloque” sur un autre chien, il en déduira que c’est une bonne façon de faire (puisque vous ne dites rien).

Erreur n° 4 : Apporter de l’affection (féliciter) à un chien qui grogne ou qui a peur
Pire, de nombreux maîtres caressent / réconfortent leur chien lorsqu’il grogne sur un autre chien en pensant qu’ils vont ainsi lui “dire” de ne pas avoir peur : “N’ai pas peur mon doudou, il est gentil…”. C’est tout simplement catastrophique : vous félicitez votre chien de grogner sur un autre ! Vous lui dites “Bon chien, continue d’être agressif.”.
De même, si un chien peureux se “réfugie” auprès de ses maîtres à la vue d’un autre chien alors que celui ci ne lui veut pas de mal, beaucoup de maîtres vont alors réconforter (caresser) leur chien craintif. Le message envoyé est donc “Tu as raison d’avoir peur, ce chien / les chiens sont dangereux”. Et vous renforcez ainsi la peur / l’agressivité.

Erreur n° 5 : tendre la laisse pendant la rencontre
En maintenant la laisse tendue, ou en la tirant en arrière, vous communiquez votre stress au chien. Il comprend juste que la situation est dangereuse… Et on en revient au risque lié à l’association que va faire le chien : “Si c’est dangereux, j’attaque en premier”.

Erreur n°6 : laisser son chien à l’initiative de la rencontre
Si vous laissez votre chien aller de lui même dire bonjour, il y a deux soucis : premièrement, votre chien ne vous demande pas l’autorisation, il y a donc un point à retravailler du point de vue de l’éducation. Et deuxièmement, comme votre chien ne vous demande pas l’autorisation, il s’expose. Car le copain d’en face n’est peut-être pas sociable. C’est pourquoi je déconseille fortement les laisses à enrouleur : au delà du fait que cela apprend à votre chien à toujours tirer, vous n’avez aucune maîtrise sur votre chien en cas de danger et vous lui laisser la place de leader : il est toujours devant vous.

PAR DESSUS TOUT…

Le chef du groupe, celui qui dirige : VOUS.
En conclusion, mon dernier conseil lorsque plusieurs chiens sont ensemble, c’est qu’on ne les laisse JAMAIS “s’auto-gérer”. S’il y a un souci, on intervient. La loi du plus fort (ou du plus mal élevé) n’est pas la loi ! La loi, c’est VOUS ! Le référent, le leader. Le maître. Juste et confiant.

Que deux chiens s’expliquent parfois entre eux peut être une bonne chose, mais seulement dans certains cas très spécifiques (il faut entre autre que l’un des deux chien soit très bien codé, et être sur qu’il n’y a pas de risque de morsure).

Si vous laissez des chiens qui ne se connaissent pas ou peu se débrouiller entre-eux, si vous n’intervenez pas lorsqu’ils sont en groupe, et notamment lorsque l’excitation monte, ou lorsqu’il y a un mauvais geste, vous faites comprendre deux choses à votre chien :

  • Vous n’êtes pas un bon référent / un bon leader puisque vous ne gérez pas la rencontre.
  • Comme vous n’êtes pas le leader du groupe, c’est donc à votre chien de prendre les initiatives pour se faire respecter (agressivité, loi du plus fort).
Et un chien qui “gère” à votre place… ce n’est jamais bon.

Amicalement
Sylvain.